Préserver l’espoir : La fertilité face à la leucémie aiguë

La leucémie aiguë (LA) est une maladie hématologique sévère qui, grâce aux avancées médicales, voit ses taux de survie augmenter de manière significative, notamment en pédiatrie. Cependant, les traitements nécessaires pour vaincre cette pathologie, comme la chimiothérapie et la radiothérapie, peuvent avoir des effets délétères sur la fertilité des patients. La préservation de la fertilité devient ainsi un enjeu crucial pour offrir aux survivants la possibilité de fonder une famille à l’avenir.

Quels sont les effets des traitements anti-cancéreux sur la fertilité ?

Les traitements de la LA, notamment la chimiothérapie et la radiothérapie, entraînent une gonadotoxicité, impactant la fonction ovarienne et testiculaire. Chez la femme, l’insuffisance ovarienne précoce et la ménopause prématurée sont des risques majeurs, tandis que chez l’homme, la spermatogenèse peut être gravement compromise, pouvant mener à l’azoospermie. Certaines molécules, comme le cyclophosphamide, ont des effets particulièrement toxiques sur les gamètes.

La radiothérapie : une menace pour l’appareil reproducteur ?

La radiothérapie peut causer des dommages irréversibles aux gonades en fonction de la dose administrée. Chez les femmes, une irradiation du bassin peut entraîner une ménopause précoce, tandis que chez les hommes, une irradiation testiculaire supérieure à 3,5 Gray altère durablement la spermatogenèse. L’atteinte de l’hypothalamus et de l’hypophyse par irradiation peut également perturber la régulation hormonale de la fertilité.

Les thérapies ciblées sont-elles une alternative plus sûre ?

Les inhibiteurs de la tyrosine kinase (ITK), utilisés notamment pour la leucémie lymphoblastique aiguë avec chromosome Philadelphie, semblent avoir des effets encore mal connus sur la fertilité. Certaines études suggèrent une altération du développement folliculaire chez la femme et de la spermatogenèse chez l’homme. Il est donc recommandé d’envisager une préservation de la fertilité avant l’initiation de ces traitements.

Quelles sont les options de préservation de la fertilité ?

Face au risque d’infertilité induit par les traitements, plusieurs stratégies sont envisageables :

  • Chez la femme : La cryoconservation d’ovocytes ou d’embryons est une option pour les patientes en âge de procréer, mais elle nécessite un délai de stimulation ovarienne, difficilement compatible avec l’urgence thérapeutique des LA. La cryoconservation de tissu ovarien est une alternative pour les jeunes filles prépubères, bien que son utilisation comporte un risque potentiel de réintroduction de cellules leucémiques.
  • Chez l’homme : La cryoconservation du sperme est une méthode éprouvée, recommandée dès le diagnostic. Pour les garçons prépubères, la cryopréservation du tissu testiculaire est une solution expérimentale, encore en phase de recherche clinique.

Les techniques de préservation sont-elles efficaces ?

Les techniques de cryoconservation offrent des taux de réussite encourageants. La réimplantation de tissu ovarien a permis plus d’une centaine de naissances dans le monde, et environ 30 % des femmes ayant bénéficié de cette technique ont pu concevoir naturellement. Pour les hommes, les progrès des techniques de procréation médicalement assistée, comme l’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), augmentent les chances de paternité après guérison.

Qu’en est-il au Maroc ?

Au Maroc, la préservation de la fertilité chez les patients atteints de LA est un domaine en développement.

Le 25 septembre 2024, une avancée notable a été réalisée : une jeune patiente a bénéficié de la cryoconservation de son cortex ovarien après une intervention chirurgicale. Cette procédure, pionnière au Maroc, offre de nouvelles perspectives pour les patientes devant suivre des traitements potentiellement gonadotoxiques.

En somme : Un défi pour la médecine, un espoir pour les patientes et les patients

  • La préservation de la fertilité est un enjeu essentiel en onco-hématologie, notamment chez les patients atteints de LA.
  • Avec l’amélioration des taux de guérison, il est impératif d’intégrer systématiquement cette problématique dans la prise en charge dès le diagnostic.
  • Une approche multidisciplinaire, impliquant oncologues, hématologues et spécialistes de la reproduction, est nécessaire pour offrir aux patients les meilleures chances de préserver leur fertilité et ainsi envisager un avenir serein après la maladie.

Principales sources:

DeAngelo DJ et al.Recent Advances in Managing Acute Lymphoblastic Leukemia.Am Soc Clin OncolEduc Book. 2020;40:330‑42.

– Kaanane H, Filali M. Préservation de la fertilité chez les patients atteints de leucémie aiguë. Revue de Médecine Générale et de Famille. 2023;12(45):23-27.

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